LE PREMIER PLUS BEAU JOUR DE MA VIE
L’Amour n’est pas un jour de ma vie, mais tous les jours… Je suis toujours (et j’espère pas pour) au pays du crabe,
J’ai passé une porte et tous les jours sont plus beaux les uns que les autres et c’est ainsi… même si le poid pris avant et pendant le traitement,,, me désolent,,,, je venais d'atteindre "mon seuil de rentabilité santé" et une silhouette qui me satisfaisait (38, j'en suis au 44), comme quoi,,, rien n'est jamais acquis... Tout est à refaire... Plus de 10kg à perdre... Il faut que je m'astreigne à un exercice physique journalier, hier j'ai marché mes 10km.. dont 5 avec Brigitte et Odette... merci mes soeurs de coeur, je peux tout faire de chez moi,,,... Quel bonheur...
Mais il y a un «plus », quelque part, qui fait dire qu’ UN JOUR ,,, quelque chose est arrivé par la porte du bonheur… et vous a remplis d’une joie intense,,, plus intense encore que la jouissance amoureuse…
Seule les naissances de mes enfants m'ont remplis d'une joie aussi intense...
Et ce jour là, ce premier jour, comme un premier amour,,, est synonyme de paradoxal et il sera difficile de comprendre que je puisse ressentir du bonheur dans l’évènement que je vais raconter… Mais je suis persuadée que c’était du bonheur à l’état pur, comme un cristal de roche,,, une fraction de seconde, qui rêve du cosmos et vous entrouvre la porte d’une autre dimension et qui a suffit à bouleverser ma vie…
Il faut s’en souvenir,,, ou ne jamais oublier… Le raconter aide au travail de mémoire.
Je crois que depuis ce jour je n’ai plus du tout peur de mourir…
L’IMMANENCE…
Je devais avoir une petite trentaine d’année, tout juste… (Il y a presque 20 ans) J’enseignais en CFA (centre de formation pour apprentis) », dédié aux métiers de la bouche…... Je sortais des Beaux Arts, la vie s’ouvrait devant moi…
J’étais en stage à Colmar et je savais que mon oncle Roland, le frère de mon père, venait d’être hospitalisé…Je savais qu’il avait un cancer….
Je rentre dans sa chambre, je lui fait un bisou, je lui dit que je suis en stage,,,, je m’assois, il s’endort, le temps passe… Je ne porte jamais de montre et mon oncle se réveille en sursaut pour me dire…. "Il est temps pour toi de retourner à ton travail"… une pendule dans la tête…
Je m’en vais, surprise qu’il se soit rendu compte de l’heure…
Je savais qu’il avait un cancer, mais j’ignorai lequel il pouvait être et avec grain de sel de mère,,, nous lui avions rendu visite,,, quelques mois auparavant…
Très amaigris, couché, je n’étais pas du tout consciente que mon oncle fût gravement malade… Je l’ai toujours connu comme extrêmement sympathique,,, un vrai profiteur de la vie, aimant les femmes, la fête, les voitures, la vitesse, « la bière, les bretzels et le football »un visage toujours souriant… un peu fanfaron,,,, et pour parfaire le tableau,,, très bel homme… très respectueux, jamais de moquerie, et très alsacien, je l’entend encore parler ce dialecte qui m’a bercé toute mon enfance, comme une musique dont je ne comprenais aucune parole……je l’adorai comme toutes mes sœurs et frères, il était le parrain de Michel, et tout le monde était jaloux…Mais Michel partageait son parrain avec nous, sans problème, un chouette grand frère…
.... HEUREUX ANNIVERSAIRE MICHEL !!!! CE SOUVENIR EST POUR TOI!!! COMME JE T'AIME GRAND FRERE!!! ....
Non qu’il le gâtait particulièrement, mais un quelque chose qui nous manquait peut-être, et qu’il a su nous apporter… un peu d’équilibre familial qui nous a permis somme toute de passer cette période de l’enfance dans l’illusion de l’harmonie.. Il était le « parrain » de la famille,,, un père de substitution peut-être que nous nous étions appropriés,..
Pour moi, il était mon « oncle d’Amérique » … Il avait une femme et une fille et des aventures … pas catho du tout, ni sur les bords, ni à l’intérieur…
Il préférait fêter les samedis soirs
(un super chapeau à claque rangé dans un cagibis,,, remplis de confettis, j’en pleure de bonheur, rien que de visualiser le chapeau et le cagibi…je me rappelle même que la fête avait une odeur,,, indéfinissable)
et dormir le dimanche, ou aller au « foot » ou autre chose, mais surtout pas l’église… Quel BONHOMME…pour l’époque, un paria…
Il a passé la plus grande partie de sa vie au fond de la mine… chaleur qu’il n’a pas supporté…. Il a terminé sa vie comme « chef de sa petite entreprise, une autoécole »
Fou de voiture, il faisait la prestigieuse course dans les Vosges… il était notre idole…
Et je crois que sa vie était tellement dense, un peu marginale, particulière, que je n’ai pas vu la maladie, mais LUI.
C’est donc mon point de vue, ma vérité nue qui parait… Les autres témoins de l’époque peuvent conter et donner leurs souvenirs… L’objectif n’est pas de savoir ce qui est vrai, qui a raison, il n’y a pas de vérité, il n’a pas de raison, il n’y a que des émotions….
Je ne sais plus si ce jour succédait au précédent… Je me rappelle que c’était un dimanche…
Je ne sais pas non plus qui « avait donné le mot »…
Mais Malou, Dédé, mon père, ma mère et moi étions là…
Et tout le monde était autour de lui… il était réveillé, bien, heureux et soudainement mon oncle a une envie gourmande intense… comme une femme enceinte…Dédé est allé lui chercher une énorme grosse part de Schwarzwald… qu’il a dévoré…en un clin d’œil,,," mais il va bien, s’il mange c’est bon signe" , disions nous pour nous rassurer…
Il a voulu fumer une cigarette… Mon père lui a tenu sa cigarette, qu’il a péniblement fumé… sans la terminer…Il n’avait pas la force de la tenir….
Puis il s’est endormis,,,
Je crois qu’il ne se réveillait plus vraiment, cela a duré toute l’après midi, il disait des phrases incompréhensibles…. Je me rappelle de l’une d’entre elles : » il y a toutes le races »
Et puis, vers le soir,,, je ne sais pas qui était encore dans la chambre, je ne me souviens que de mon grain de sel de mère et moi… Grain de sel de mère sentait que la fin était proche,,, et je tenais la main de mon oncle… que faire en de pareilles circonstances ?… son teint avait changé… il transpirait et respirait de manière saccadée…
C’était bien la première fois que j’étais aussi proche de la mort… de quelqu’un que j’aimais… Nous savions que mon oncle n’a pas voulu des derniers sacrements, ni voir le curé ou le pasteur,,, fidèle à lui-même… Mais il a accepté de rencontrer l’imam,,, qui avait laissé sur la table de nuit une photocopie d'une prière musulmane : "
les 99 noms de Dieu".
Je ne connaissais pas du tout ce texte et pour l’accompagner, grain de sel de mère me passe cette photocopie et tout en tenant la main de mon oncle, je commence à le lire....
Je lis ces 99 noms une première fois,,, et je recommence une deuxième fois et je me souviendrai toujours qu’en prononçant le mot « Dieu est immanent » mon oncle me serre brusquement la main et la relâche aussitôt… et c’était là son dernier signe de vie…
J’étais bouleversée, heureuse, un joie immense,,, je n’ai même pas pleuré… c’était trop beau, le premier plus beau jour de ma vie..
Immanent ? je n’ai jamais retrouvé ce mot dans aucune traduction… Je crois avoir "jeté" la photocopie que j'ai gardé de nombreuses années, comme un objet sacré....
Je me rapelle aussi, que mon père a terminé la cigarette "inachevée" et tout le paquet,,, des gitanes filtres alors que mon père fumait des gauloises... jusqu'au bout à la cigarette ils se sont adonnés... Nul n'est en droit de juger...
Il avait 49 ans quand je lui ais tenu la main pour la dernière fois,,, exactement l'âge que je vais avoir d'ici la fin du mois de mai... Cela me fait un drôle d'effet dans le dos, comme un frisson... et puis j'ai tellement l'impression d'être une gamine .... "bizarre, bizarre.... vous avez dit bizarre ? comme c'est bizarre..."
J’aimerai qu’on me tienne la main aussi si je dois mourir un jour comme eux.
Bonjour chez vous
môHma
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